Grève du blog...

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undefinedSilence radio ces temps-ci... Pas de billets sur le blog. Pourtant, l'actualité ne manque pas d'éléments intéressants. Des articles et des livres passionnants, à l'instar de celui Jeff Madrick dans le dernier N° des Dossiers et documents du Monde. Il explique qu'à l'université New School de New York qu'il dirige, son équipe définit les bons et les mauvais emplois. Les mauvais emplois, ce sont ceux qui assurent un revenu inférieur à 75% du revenu médian ; les bons emplois, c'est quand le salaire est au moins une fois et demie supérieur au revenu médian. D'après les derniers chiffres de l'insee que j'ai trouvés, le salaire médian des hommes est de 16430 euros. Multiplié par 1,5... ça fait 24645 euros pour qu'un homme ait un "bon" emploi... j'y suis à peine ! où alors avec... des heures supp !
Pourtant, avec mon petit salaire, je rentre quasiment dans le 7e décile.
On peut faire partie des 30% les mieux payés et ne pas avoir un "bon emploi" selon la définition de la New School.
Quelle solution l'administration me propose-t-elle pour que j'ai accès à un bon emploi ? Faire des heures supp !!!... et en échange supprimer des postes de collègues.
Le problème est néanmoins pas si simple, je ne fais pas que mes 18 heures de cours par semaine. Préparation de cours, lecture pour ne pas paraître trop attardé vis-à-vis de mes élèves, correction de copies (en moyenne près de 400 par trimestre), suivi des élèves, plus activités diverses et variées dans l'établissement. Tout cela n'est pas comptabilisé dans mon temps de travail...  L'institution nous incite à utiliser les nouveaux moyens de communication interactifs, mais là encore, la tenue de ce blog ne rentre pas dans mon temps de travail.
Le dimanche, en général, je corrige ou je prépare des cours ; le soir quand je rentre, je corrige (parfois le matin avant de partir, à 5 heures on est plus productif) et réponds aux mails de mes élèves. Quand j'ai des heures de creux, je règle les problèmes administratifs, je reçois des élèves, je fais des photocopies, etc. Je prends aussi le temps de discuter avec mes collègues pour mettre en place des choses nouvelles... En moyenne, 50% de mes vacances, c'est boulot... et souvent, le soir, je m'endors sur... un livre d'économie ! Je m'accorde néanmoins 2 soirs par semaine et quelques week end sportifs... je culpabilise !
Vous l'avez compris, la vie de prof est passionnante : il y avait à une époque une pub pour recruter des enseignants qui disait, en gros, que c'était génial si on voulait avoir du temps libre. Le problème des profs, néanmoins, c'est qu'on est rarement prof à mi-temps. Oui, je sais, vous me direz "moi j'en connais qui..." mais globalement, si on veut faire les choses proprement et faire son métier correctement, on y passe bien plus que 18 heures par semaine !!!

Alors voilà...  Au Charles, 14 postes... exit... 10% des enseignants... bref un véritable plan social ! On se plaint quand des patrons sont des voyous, font des plans sociaux peu scrupuleux, là il s'agit d'un Etat voyou qui fait un plan social peu scrupuleux. C'est plus fin, cette politique se limite à quelques académies de telle sorte qu'il n'y a pas véritablement de contestation nationale.

Ce blog est celui d'un prof scrupuleux, qui tente de faire consciencieusement son travail, qui s'implique et donne de son temps. Je ne vais pas publier mes rapports d'inspection ou mes notations administratives, mais tous ces documents l'attestent... je n'ai pas à rougir de ce que je fais. Je ne suis pas un super prof, loin de là, et n'ai aucune prétention. J'essaie néanmoins de bien faire mon boulot, de répondre aux besoins de mes élèves, en les préparant du mieux que je peux à l'examen, en lisant, en réactualisant mes connaissances, et en soignant, dans la mesure du possible, les relations que j'entretiens avec mes classes, la qualité relationnelle étant, selon moi, le pivot central de mon travail. Je m'investis dans mon établissement et fais... bien plus que les 18 heures pour lesquelles je suis payé... et je trouve ça normal parce que pour moi, toute la validité du service public repose sur l'effort et l'implication de ses agents.

La politique actuelle menée par le gouvernement (qui utilise l'académie comme cobaye) me demande de faire du quantitatif (bouffons des heures supp !!! corrigeons en coup de vent !!! et après tout on ne nous demande pas de nous documenter, limitons nos lectures aux manuels !!!) en laissant faire ce qui n'est rien d'autre qu'un plan social réalisé par l'Etat, en laissant supprimer des postes qui pourraient servir à réduire les effectifs par classe, à aider davantage les élèves, à remplacer les enseignants qui sont en stage, en formation, ceux qui sont malades, ceux qui craquent, à aider aussi ceux qui sont en difficulté et qui ont besoin d'aide.... et les besoins sont énormes !

Si le gouvernement veut augmenter mon pouvoir d'achat pour que j'aie un "bon" emploi, la solution est très simple : cesser les réductions d'impôts qui ne concernent pas ou si peu une majorité de la population et bénéficient à quelques uns qui n'ont pas un "bon emploi" mais un "TRES bon emploi" (je ne pourrais que vous conseiller de relire cet excellent article de l'observatoire des inégalités).

Ce blog est donc en grève, ou plutôt en berne, en espérant pouvoir retrouver bientôt des couleurs plus joyeuses.
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Publié dans chgobbe

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C
Merci pour ce message auquel je souscris à 100%... Effectivement, l'expression est juste : l'impression qu'on nous casse notre "outil de travail".S'il faut encore en convaincre certains(es), voir cette tribune (http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2262/articles/a369288-.html) qui en dit long et qui montre que ce ne sont pas que les lycées et collèges qui sont visés.
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F
Le probléme de fonds est soulevé..Est ce que moi parent d'éléve je peux demander aux profs de mon fils d'être attentif à ses difficultés de l'encourager quand il en a besoin ,de lui donner le goût d'apprendre, et dans le même temps accepter que leurs outils (aux profs)de travail soit dégradé un peu plus chaque jour ? Peut être faudrait il que la vindicte populaire prenne conscience que à chaque fois qu'il est dit " ha les profs ( les instits aussi) tous des planqués " c'est l'outil d'apprentissage de nos enfants qu'on autorise à dégrader..Il y a des bons profs et des profs moins bons ..Comme partout pas plus pas moins. Des profs comme Christophe il y a beaucoup (j'en connais) mais nous ne parlons que des profs qui font mal leur boulot (j'en connais aussi) comme on ne parle que des trains qui déraillent...Voila une  petite pensée d'une mére d'éleve inquiete sur ce qui se mets en place dans les colléges et les lycées dans l'indifférence générale..
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A
Effectivement, ça soulève un certain problème. En tout cas, votre exemple montre que les élèves sont "ignorants" de tout le travail qui est fait en leur faveur et que certains d'entre eux seraient plus avisés de se renseigner avant de critiquer. De mon point de vue, je préfère penser que la majorité des profs ont une conscience morale et professionelle. 
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C
Parlons en de l'évaluation... elle est effectivement aléatoire, je ne l'ai jamais caché à mes élèves et lorsque je fais corriger une copie de bac  à toute la classe, je suis le premier à leur dire que les écarts de notation qu'il y a entre eux sont à peu près identiques à ceux qu'il y a entre les profs. A ce sujet, les enseignants de SES de l'académie de Grenoble font un travail remarquable pour harmoniser l'évaluation. Chaque année, une grille très précise est élaborée, pour "objectiver" les critères et harmoniser les notes. On invite les enseignants à utiliser ces grilles durant l'année et la commission est tournante (j'y suis resté 5 ans) pour que cette culture de l'évaluation soit transmise au plus grand nombre d'enseignants... et puisqu'on est dans les confidences, quels efforts ont dû être faits par les responsables de cette commission pour qu'elle puisse perdurer et qu'elle ne soit pas supprimée, le rectorat allant jusqu'à compter le nombre de feuilles qui composent cette grille d'évaluation (vous pouvez continuer mais si vous ne dépassez pas 4 ou 5 feuilles) et nous faire des convocations limitées sur une matinée lors des réunions préparatoires (auxquelles nous venons bénévolement) pour ne pas à avoir à rembourser le repas du midi...Intéressant, non ?
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A
C'est déjà tout à votre honneur d'avoir créé un blog en faveur de nos chers "têtes blondes" donc on ne va pas non plus vous faire le procès d'être moins assidu en ce moment. C'est vrai que l'actu est riche et pas forcément des plus sympathiques pour les enseignants. Les fonctionnaires de l'éducation nationale passent souvent pour des nantis et des incapables comme le montre l'étude suivante:"Réalisée par l’Institut de recherche sur l’Education (Iredu) de l’université de Dijon, cette étude affirme l’"arbitraire de la notation des élèves" au bac, qualifiant l’examen de "loterie" pour les candidats, dans la mesure où des écarts allant jusqu’à dix points peuvent différencier deux correcteurs sur une même copie." Extrait site internet France InfoDur dur d'être enseignant de nos jours, je vous l'accorde monsieur.
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