Quand une série TV se met à l'heure du flux tendu...

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Comment une chaîne de télévision à l'image plutôt vieillotte, aux moyens financiers plutôt limités et à l'audience fragile, peut-elle connaître un succès traversant toutes les générations et concurrençant l'ex rouleau compresseur PPDA ? En appliquant un modèle d'organisation que les entreprises industrielles ont toutes, peu ou prou, mis en oeuvre depuis 25 ans : la flexibilité et le flux tendu.
C'est comme cela que "Plus belle la vie" s'assure, quasiment tous les soirs, environ 5,1 millions de téléspectateurs avec 21% de moins de 24 ans contre 12% en moyenne pour les programmes de France 3.
Premier principe pour viser un public large, on met en scène des héros aussi divers qu'un jeune avocat d'origine maghrébine, une ancienne toxico, un homo décomplexé, une retraitée juive, etc., tout ce beau monde sensé représenter la diversité des profils sociaux et permettre à la grand-mère et à sa petite fille de s'y retrouver.
Deuxième principe, on écrit les épisodes en flux tendus, en fonction de la demande, de l'actualité, des saisons. Le scénario est écrit 3 mois à l'avance (contre plusieurs années pour la plupart des séries TV), les dialogues sont écrits quelques semaines avant le tournage et modifiés en fonction de l'actualité du moment. Quelques épisodes après l'élection présidentielle, le nom du nouveau chef de l'Etat était glissé dans les dialogues. Il arrive même au scénariste de faire référence à un match de l'OM qui aura lieu le jour même de la diffusion de l'épisode.
Troisième principe, la gestion même des acteurs est flexible : si l'un d'eux quitte la série, il est remplacé par un autre qui endosse le rôle ; les épisodes sont écrits en fonction des disponibilités de chacun (si un acteur doit prendre des vacances ou tourner ailleurs pendant quelques semaines, son personnage ne figurera pas dans les épisodes tournés durant son absence).
Ajoutez à cela un suivi minutieux de l'audience, un site internet permettant de voir quels sont les personnages les plus appréciés, c'est bien un modèle en flux tendu auquel correspond l'organisation de "Plus belle la vie", un exemple type de flexibilité.

Parfois dénigrée et qualifiée de "Poubelle la vie", la série est néanmoins un succès indiscutable, une bénédiction financière pour la chaîne (en 24 minutes, la série garantit 17% des recettes publicitaires totales de France 3 !) , pour les jeunes scénaristes qui viennent se faire les dents en écrivant les dialogues "en temps réels" et pour de jeunes acteurs auxquels le feuilleton assure une célébrité jalousée... bref un sas confortable pour des jeunes artistes dont les conditions de vie sont souvent (très) précaires.
Autre élément à prendre en compte : l'inscription de la série dans le contexte local (le vieux port de Marseille). La municipalité s'acquitte d'une subvention annuelle de 200.000 euros alors qu'un spot publicitaire quotidien lui coûterait 235.000 euros... par jour !
Enfin, l'une des caractéristiques de la série, c'est qu'elle se fonde sur des questions qui traversent notre société : le lien social entre les générations, les habitants d'un même quartier, ce que les sociologues appellent parfois les "nouvelles tribus" ; mais aussi des questions sociales plus larges comme la drogue, le chômage, l'avortement, etc. et bien entendu, le flux tendu permet de rester très proche de l'actualité et du quotidien.

Merci à C. Reilly de m'avoir transmis le N° du 10 janvier 2008 du Nouvel Obs Télé dans lequel j'ai puisé la plupart de ces informations

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Publié dans chgobbe

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A
Le "toyotisme télévisuel" est donc l'explication de ce succès. Heureusement que vous expliquez 2-3 aspects qui font la réussite de "Pus belle la vie" parce que je ne comprennais vraiment pas comment on pouvait aimer cette série... (il faut demander à carole l'intérêt et elle, la grande fan, fera vite changer d'avis les indécis lol). Enfin, ce n'est pas parce que c'est regardé que c'est forcément bien... 
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