Pourquoi j'ai pas mis la clim ?

Publié le par Christophe Gobbé

 

On sait combien les slogans sont une nécessité économique dans la société post-moderne. Toujours pleins d’une profondeur exaltante, ils assurent une fonction informative des plus utiles. Ils constituent bien souvent, également, l’outil idéal d’une stratégie marketing efficace, entreprenante et réussie.

Ainsi avons nous eu « ça va, Patrick ? Oui ! avec St Yorre, ça va fort », « un Mars et ça repart » jusqu’au fameux « L’Oréal, parce que je le vaux bien ».

Dans le paysage politico-médiatique, les bons mots ne manquent pas non plus. Rappelez-vous le « il va falloir faire des sacrifices » du fringant Edouard, le « mammouth » du gros Claude, jusqu’au « Karcher » du cow-boy de Neuilly.

Au Charles – comme dit le jeune – avons nous, nous aussi, notre formule éclatante : « Lycée non fumeur ». Un peu partout peut-on lire sur les portes de notre « maison » ce doux slogan qui nous rappelle que demain, à Sarkoland, il faudra qu’on sache où on range nos affaires !

Bien entendu, n’étant moi-même pas fumeur, je ne vais pas me plaindre de cette sage décision dont l’efficacité économique porte à discuter mais la sagesse morale ne fait aucun doute... Je sais, d’aucun me chahutera de mon côté rigoriste.

Aussi, il y a quelques semaines, je rentrais chez moi après mon dur labeur. Je passais donc rue Ballaloud, respectant les 50 km/h réglementaires, la fenêtre de ma voiture très légèrement ouverte. Le long du trottoir s’alignait la future élite de la nation, se remettant d’une difficile semaine d’étude. Le temps d’un passage furtif et une odeur exotique remplit mon véhicule. Pourquoi n’avais-je pas fermé cette fenêtre et mis la clim ? Je n’aurais rien senti…

Lors de la pré-rentrée, nous nous sommes pliés au jeu des réunions passionnantes dont les thèmes sont toujours d’une pertinence étonnante. Le groupe dans lequel j’ai effectué mon devoir d’agent de l’Etat travaillait, si mes souvenirs sont justes, sur « l’absentéisme ». Une synthèse fut courageusement présentée ensuite en assemblée pleinière au cours de laquelle, 10% d’entre nous écoutaient, 40% regardaient leur montre et 50% se racontaient leurs vacances. On utilisa encre, papier, ordinateurs et photocopieuses pour rédiger un compte rendu glissé dans chacun de nos casiers, compte rendu sur lequel je n’ai pas porté le moindre regard. Honte sur moi ! (Je sais d’emblée que quelques uns d’entre vous se trouveront, du coup, déculpabilisés de ne pas avoir été les seuls à ne pas lire ce document dans son moindre détail et dormiront certainement beaucoup mieux ce soir…)
Bien entendu, quand on doit faire en deux heures ce qui demanderait du temps (oh temps, suspends ton vol !), de l’argent et des bonnes volontés, on tombe vite dans une impasse. Alors… on déplace les questions. Par exemple, plutôt que de travailler sur la motivation scolaire (oxymore ?), les conditions d’accueil des usagers (car ce que nous appelons élèves sont en fait des usagers, et pas seulement de plantes orientales), la relation à l’autre (et notamment à ce même usager), on se demande comment ne pas oublier de biper l’absentéiste avec notre bipeur coba qui, grâce à un système des plus performants, enverra un SMS aux parents du-dit absentéiste qui, bien-entendu, s’empresseront de le priver de téléphone portable, voire de sortie le samedi soir (parfois on croirait que seuls les enseignants n’ont jamais eu d’enfants... absentéistes).

Ah ! qu’elle est belle la technique. Elle résoud en un bip ce que d’autres ne résoudraient pas dans une existence entière.

De la même façon, la belle pancarte « lycée non fumeur » expurge nos lieux à présent sains des fumeurs de tous genres… même s’il leur arrive encore (parfois ? souvent ?) d’entrer en classe avec les yeux rouges. Au pire, une bonne descente des forces de l’ordre chasserait nos pompeurs de foin de la rue Ballaloud pour qu’ils s’avachissent loin des murs du Charles. Comme disait ma grand-mère : « ce que les yeux ne voient pas, le cœur n’en souffre pas… »

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Publié dans chgobbe

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