Robert Castel - Les métamorphoses de la question sociale

Publié le par Christophe Gobbé

Cela fait plusieurs fois que je l’évoque en classe, ci-dessous une fiche synthétique réalisée par une ex-collègue sur un ouvrage de référence de R. Castel : Les métamorphoses de la question sociale (1995).
Depuis, Castel a écrit un petit ouvrage qui s’inscrit dans le prolongement de celui-ci mais  dans une problématique plus actuelle (L’insécurité sociale, éd. Seuil-République des idées, 2003). Il y évoque notamment la question de la flexicurité.
 
Robert CASTEL :
Les métamorphoses de la question sociale (1995)
 
Robert Castel est un sociologue français contemporain. Alors qu’au cours des années 80, les discours politiques se multiplient su « l’exclusion », terme galvaudé et employé « à toutes les sauces », Castel étudie rigoureusement ce phénomène. Selon lui, l’exclusion (il préfère parler de « désaffiliation ») est liée à la transformation du mode d’organisation actuel du travail et à la fragilisation du salariat.
 
Problématique
 
Castel pose une triple question :
 
v      Qu’est-ce qui caractérise l’organisation sociale dans les sociétés démocratiques modernes ?
v      Quel lien établir entre l’organisation et la transformation du travail salarial et exclusion (désaffiliation) ?
v      Quel est le rôle de l’Etat face à la désaffiliation ?
 
 
Organisation sociale et travail
 
Castel distingue trois périodes :
 
1ère période
Division du travail et nouvelles formes de solidarité sociale
Fin 19e - début 20e, le lien social était assuré par la solidarité (complémentarité et interdépendance des individus) dans une société où naît la division du travail et où apparaît des formes de conscience collective (développement d’une conscience de classe au sein du monde ouvrier, développement du travail comme valeur, multiplication des échanges interpersonnels – ce que Durkheim appelle la « densité sociale »…). Cette solidarité est la condition nécessaire (« devoir social ») du développement pacifique des sociétés.
=> Voir la théorie de Durkheim
2e période
Généralisation du salariat et acquis sociaux
Mais, longtemps le travail – et particulièrement celui des salariés – était vécu comme une situation de « dépendance contraignante », « incertaine, indigne et misérable ». Grâce aux différentes avancées sociales du 20e siècle (protection et garanties contre les risques sociaux) et au plein emploi de l’après guerre aux années 60, le salariat (« grande majorité des actifs ») est devenu la clé essentielle de l’intégration dans nos sociétés. Pour être intégré, il faut être avant tout salarié.
3e période
Déstabilisation de l’emploi et vulnérabilisation sociale
Avec la crise des années 80, l’installation du chômage durable et le développement du travail précaire, il y a une déstabilisation et vulnérabilisation d’une masse croissante de salariés, qui peut conduire un nombre croissant d’entre eux à un processus de désaffiliation (exclusion-marginalisation-déviance).
=> C’est la théorie de Castel
 
 
Analyse de l’espace social chez Castel :
 
Le lien social est assuré par :
 
1-       La place des individus dans la division du travail
2-       La participation aux réseaux de sociabilité (individualisme positif)
 
L’espace social se caractérise par trois niveaux d’intégration :
 
1-       L’intégration : travail stable + insertion relationnelle solide (famille, amis, collègues de travail)
2-       La vulnérabilisation : précarisation + fragilisation des relations
3-       La désaffiliation : chômage + isolement relationnel
 
Ce qu’il importe de comprendre ici, c’est que l’exclusion n’est pas considérée comme un état, une situation, mais comme un processus qui passe la plupart du temps par une fragilisation de la situation professionnelle (précarisation ou chômage) et la destruction progressive des réseaux de sociabilité (amis, collègues, famille).
 
 
Solutions selon Castel :
 
« Il n’existe pas à ce jour d’alternative crédible à la société salariale »
 
Par conséquent…
 
v      il faut lutter contre le chômage massif car le travail est créateur « d’utilité sociale », et permet de sauvegarder le sens de la liberté individuelle de chacun.
 
v      l’état est alors responsable de préserver la cohésion sociale (instaure les droits et les obligations) par le partage du travail, en préservant ceux que la société de marché libérale (concurrence marchande) et l’individualisme négatif menacent de désaffiliation.
 
 
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