Faut-il obliger les chômeurs à travailler ?
ola : Est-ce efficace de sanctionner les chômeurs s'ils refusent un travail sous certaines conditions, comme les négociations actuelles l'envisagent ? Qu'attendre de cette mesure sur le niveau du chômage ?
Pierre Cahuc : Tout cela est un problème d'équilibre du système. Sanctionner les demandeurs d'emploi qui refusent une offre d'emploi en l'absence d'un accompagnement intensif ne peut avoir d'effet significatif.
Pour plusieurs raisons. En l'absence d'accompagnement intensif, peu d'offres d'emplois sont transmises aux demandeurs d'emploi. Tel est le cas aujourd'hui en France. Deuxièmement, il est toujours possible d'aller à un entretien d'embauche et de ne pas se faire embaucher. Donc l'efficacité de ces sanctions sera nécessairement très faible si l'accompagnement des demandeurs d'emploi reste en l'état.
En revanche, s'il y a un accompagnement intensif, où le demandeur d'emploi est très fréquemment en contact avec son conseiller, qui le connaît et qui lui fait fréquemment des propositions, alors ce type de sanction peut avoir des effets.
On ne peut néanmoins en attendre un impact très important. Il peut être relativement élevé pour les personnes les plus qualifiées, puisque, en France, l'allocation-chômage est plafonnée à 5 300 euros.
Et l'on observe que les taux de retour à l'emploi des chômeurs qui perçoivent des allocations élevées sont sensibles au niveau de l'allocation, et donc à la perte éventuelle des allocations en cas de refus d'offres d'emploi.
En revanche, pour les demandeurs d'emploi les moins qualifiés, aujourd'hui, ce qui fait problème, c'est la rareté des offres. Ces sanctions ne pourront donc avoir qu'un effet marginal.
Pour conclure, un système avec des droits et des devoirs clairement définis est sans doute préférable à un système avec un accompagnement insuffisant et en contrepartie des devoirs qui ne sont pas appliqués. Le danger de cette mesure, qui vise à passer dans le premier système, est qu'elle peut introduire des devoirs sans donner des droits en contrepartie.