Retraites
Ci-dessous un texte assez long qui peut servir de complément pour le TD18 en Terminale.
Ici le lien permettant l'accès à l'entretien de Louis Chauvel su le site Bastamag
La question des retraites ou comment réussir la quadrature du cercle
Les principes de la retraite en France
Les retraites font partie de ce qu’on appelle le système de protection sociale, qui garantit aux citoyens un certain nombre d’aides, ou d’assurances en cas de risques (aides à la famille grâce aux allocations familiales, assurances contre les risques de santé ou d’accident de travail, ou encore les risques contre le chômage).
Le système des retraites, comme toutes les autres formes de protection sociale, s’appuie sur une double idée, issue de la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen :
- d’une part un Etat doit protection à ses citoyens, c'est-à-dire qu’il doit leur permettre à tous et toutes de vivre, de se nourrir, de se loger, de se soigner, quel que soit leur niveau de vie ou leur statut social ;
- d’autre part la protection sociale repose sur le principe de solidarité entre citoyens : je paye une somme forfaitaire pour la maladie, par exemple, qui n’est pas fonction de mes besoins, mais de mes revenus ; si je suis peu malade, si j’ai peu de dépenses, la somme que je verse profite davantage aux autres qu’elle ne me profite ; mais si je tombe gravement malade, les soins qui me seront remboursés seront bien plus élevés que ce que je verse, et c’est par conséquent grâce à cette solidarité entre tous les membres de la société que mes soins, en cas de maladie grave par exemple, pourront être pris en charge à 100% par la collectivité.
Les retraites, en France, s’inscrivent exactement dans le même principe : le principe de protection (quiconque a travaillé une grande partie de sa vie, a participé à la créations de richesses économiques a le droit « à un repos » pris en charge par la collectivité) ; le principe de solidarité (pendant 40 ans, j’ai financé la retraite de « mes parents », j’ai droit, à présent à ce que « mes enfants » paient la mienne).
L’intérêt du système par répartition
Le système par répartition repose sur un premier principe qui est celui de la solidarité entre les citoyens… Cela peut sembler a priori « pompeux », mais cette solidarité est fondamentale dans un pays. Quelques exemples pour s’en convaincre…
Imaginons que l’école, par exemple, ne soit pas financée par l’Etat, la collectivité, mais que chacun paye individuellement les études de ses enfants. A 2 € l’heure de cours (ce qui est extrêmement faible) et à raison d’environ 30 heures de cours par semaine, cela fait environ 240 € par mois et par enfant. Tout le monde aurait-il les moyens de se payer l’école à un tel prix ?
Lorsque les inondations font des ravages dans le Gard, et que l’Etat verse des aides à la région, c’est bien grâce aux impôts de tous les citoyens, c’est donc grâce à la solidarité nationale.
C’est solidarité n’est pas qu’un vain mot : elle constitue le ciment d’un pays. Faire partie d’une société, c’est accepter de venir en aide aux autres, être solidaire et avoir droit, du coup, à cette solidarité.
La retraite par répartition permet de garantir une retraite à tous, même ceux qui ont eu de faibles revenus. Même si elle est fonction de votre revenu, elle garantit un taux de recouvrement* plus élevé pour ceux qui avaient les plus faibles revenus. Elle permet également d’assurer un minimum pour des personnes qui, n’ayant pas suffisamment travaillé, ou ayant travaillé au noir (par exemple une femme de 70 ans qui était bonne et qui ensuite a élevé ses enfants) d’avoir un minimum de subsistance. La retraite par répartition permet dans, dans une certaine mesure de réduire les inégalités.
Pourquoi le système par répartition pose-t-il problème ?
Le système par répartition a été instauré en France au lendemain de la seconde guerre mondiale, alors que l’espérance de vie moyenne des ouvriers n’atteignait pas 60 ans. A l’heure actuelle, les données sont totalement différentes.
Avec l’arrivée du baby-boom à l’âge de la retraite dès les années 2010, un flux de population extrêmement important va sortir de la population active pour devenir retraitée. Comme à partir des années 70 on est dans des classes « creuses » du point de vue démographique, on va avoir beaucoup de retraités pour trop peu d’actifs.
Cette tendance s’aggrave dans la mesure où la durée de vie s’allonge : à 60 ans, l’espérance de vie moyenne est aujourd’hui de 30 ans !
Ces deux éléments conduisent à un déséquilibre démographique. Selon les données officielles du conseil économique et social, le rapport démographique** pourrait bien passer de 0,48 en 2000 à environ 0,64 en 2020 et environ 0,85 en 2040. Dans ces conditions, comment les actifs pourront-ils payer les pensions des retraités ? Peut-on indéfiniment augmenter les cotisations des actifs ? Peut-on diminuer les pensions des retraités ?
La retraite par capitalisation, une solution miracle ?
Le système de retraite par capitalisation repose sur un principe d’épargne individuelle. Chacun, durant toute sa vie active, met de côté de telle sorte qu’il a, le jour venu, un capital qui lui assure une rente le jour venu.
A priori, s’il a le défaut de ne pas être source de solidarité entre les citoyens, il évite, en principe, les déséquilibres démographiques.
C’est pourquoi certains pensent que le système par répartition serait l’alternative idéale à notre problème démographique.
Néanmoins, le système par capitalisation pose de multiples problèmes.
Qu’en est-il de ceux qui ont de faibles revenus et n’ont pas les moyens d’épargner ? On pourrait éventuellement mettre en place un système mixte : un système par répartition minimum, universel pour tous et un système par capitalisation pour les revenus plus élevés.
Certains crient haut et fort contre une telle mesure parce qu’elle risque de conduire à un système à deux vitesses : des petites retraites pour les bas salaires, de fortes retraites pour les hauts revenus, alors que le système par répartition vise à essayer de réduire les inégalités en appliquant un taux différencié de recouvrement selon les revenus (plus faible pour ceux qui gagnent beaucoup, plus élevés pour ceux qui gagnent peu).
Les modalités de passage sont extrêmement complexes. En effet, dans le système par répartition, les actifs paient pour « leurs parents » alors que dans le système par capitalisation, chacun paie pour soi. Si on passe d’un système à l’autre, une génération paiera deux fois : pour les parents qui ont droit à la retraite et pour elle-même.
Le système par capitalisation n’est pas insensible aux déséquilibres et flux démographiques. Pour que ce système fonctionne, il faut qu’un organisme (un fonds de pension***) récolte l’épargne des actifs, la fasse fructifier sur les marchés financiers. En effet, si je mets 200 € par mois de côté pendant 30 ans sans faire fructifier cet argent, et si j’ai 30 ans à vivre à la retraite, je ne disposerai que de 200 € par mois, ce qui ne permet pas de vivre. Il faut donc que les fonds de pension « boursicotent » avec l’argent des retraités de telle sorte qu’au bout du compte, les sommes disponibles à distribuer soient largement supérieures à celles récoltées au départ. Or, cela n’est pas sans poser problème :
- les fonds de pension disposent d’une épargne énorme et sont capables, à eux seuls de faire trembler la bourse et de créer de graves déséquilibres économiques.
- Certaines grandes entreprises américaines proposent leur propre fond de pension à leur salarié. Or si l’entreprise coule, le fond de pension également. Par exemple, l’entreprise ENRON invitait ses salariés à placer leur future retraite dans le fonds de pension ENRON. Or il s’est avéré, fin 2000, que l’entreprise ENRON était une immense escroquerie, qu’elle trafiquait ses comptes, qu’elle déclarait des bénéfices qu’elle ne faisait pas. Le groupe ENRON a fait faillite, ses dirigeants ont été poursuivis, et les salariés se sont retrouvés sans emploi, sans épargne, et… sans retraite.
- Le fonctionnement du système par capitalisation est dépendant des variations boursières fonction de la loi de l’offre et de la demande****. Tant que la bourse « monte », ils peuvent garantir les retraites ; mais si la bourse chute, ça devient beaucoup plus difficile. Or, que va-t-il se passer lorsque le baby boom va partir à la retraite. Les gens vont vouloir récupérer leur épargne. Les fonds de pension seront obligés de vendre massivement des titres boursiers pour pouvoir reverser de l’argent liquide (les économistes disent des « liquidités ») à ceux qui ont cotisé. Or sur la bourse, s’il y a beaucoup de ventes, les titres chutent. Autrement dit, c’est la valeur de l’épargne des futurs retraités qui va chuter. Donc les fonds de pension ne pourront pas garantir toutes les pensions promises.
Le système par capitalisation n’est donc pas une solution miracle et beaucoup d’économistes et d’hommes politiques sont conscients que ce serait très risquer de renoncer totalement au système par répartition, même si beaucoup d’entre eux n’excluent pas l’idée qu’une partie des retraites soit financée par capitalisation. Mais quelle part ? C’est là un grand sujet de débat !
D’autres solutions envisageables pour garantir le système par répartition
La première mesure consisterait à allonger la durée de cotisation. Actuellement, pour bénéficier pleinement de la retraite, il faut avoir, dans la plupart des cas, 60 ans ou avoir cotisé au moins 40 ans. La durée de cotisation minimale pourrait passer à 42 ans et l’âge de la retraite serait repoussé à 62 voir 65 ans. En effet, cela semble logique dans la mesure où l’on commence, en moyenne, à travailler de plus en plus tard et que l’on vit de plus en plus vieux.
Certes, mais cela pose d’autres problèmes : le marché du travail, très souvent, ne veut plus des personnes âgées. Il est bien difficile de retrouver un emploi après 50 ans ! Beaucoup d’entreprises préfèrent payer leurs salariés les plus âgés à leur payer une pré-retraite tout en restant chez eux que de les garder dans l’entreprise ! A 65 ans, a-t-on vraiment encore envie de travailler ? Si l’on fait un métier sympa, passionnant, passe encore, mais lorsqu’on fait un métier rude, usant…
Seconde solution : faire une retraite en fonction de la pénibilité du travail. Oui à l’allongement de la durée de cotisation, mais pour les emplois les moins pénibles. Un cadre a une espérance de vie moyenne de 10 ans supérieure à celle d’un ouvrier. Est-il juste qu’il partent tous deux à la retraite au même âge ? D’autant plus que les ouvriers ont très souvent commencé à travailler plus jeunes, et ne sont pas rares ceux qui ont cotisé bien plus de 40 ans !
Là encore, d’autres problèmes : comment mesurer la pénibilité ? Comment la définir ?
Troisième solution : la retraite est un faux problème. Le problème fondamental est celui de la répartition des richesses créées. Dans une société où existent de très fortes inégalités, où certains gagnent parfois 20, 30 voire 40 fois le Smic***** (sans parler des revenus des grands patrons), il suffirait de redistribuer de façon plus équitable les richesses pour garantir, sans problème les retraites de tous.
Mais là encore, d’autres problèmes. A quoi bon travailler si on ne peut pas récolter tous les fruits de son travail. Certains métiers, prestigieux, mais difficiles d’accès, nécessitent de nombreuses années d’études, des sacrifices énormes parce qu’on n’a pas d’horaires, on travaille tout le temps… et même s’ils sont très bien payés, on manque, par exemple, de chirurgiens hautement spécialisés en France. Si on réduit les salaires, la crise des vocations risque d’être encore plus forte !
Glossaire
* Taux de recouvrement : le taux de recouvrement est le % que représente votre pension de retraite en fonction du salaire que vous aviez lorsque vous étiez actifs. Pour simplifier, si vous gagniez 10 000 F à la fin de votre vie active et que votre retraite s’élève à 8 000 F, on dit que le taux de recouvrement est alors de 80 %.
** Rapport démographique : il mesure le rapport entre les actifs occupés et le nombre de retraités.
Nombre d’actifs occupés
Rapport démographique = ------------------------------------
Nombre de retraités
Par exemple, en 2000, le nombre d’actifs occupés est de 23,8 millions, et celui des retraités de 11,5 millions. 11,5 / 23,8 = 0,48 soit un taux de recouvrement de 48 %.
Cet indicateur est très important car il permet de mesurer le déséquilibre démographique entre retraités et actifs occupés. Plus le taux de recouvrement augmente, plus le déséquilibre est important.
*** Fond de pension : c’est une société chargée de gérer et de faire fructifier l’épargne des actifs pour leur garantir les pensions de retraites dans un système par capitalisation.
**** Loi de l’offre et la demande. Imaginons que je vende des pains au chocolat dans la cour de récréation. S’il y a beaucoup de clients, si tout le monde se bat pour m’acheter mes viennoiseries, je vais en profiter pour augmenter les prix. Si personne n’en veut, je vais baisser les prix pour attirer les clients.
C’est sur ce principe que repose la loi de l’offre et de la demande : quand il y a plus d’acheteurs (de demande) que de vendeurs (d’offre), les prix ont tendance à augmenter. Si l’offre est supérieure à la demande, s’il y a plus de vendeurs que d’acheteurs, les prix ont tendance à diminuer.
Le marché boursier fonctionne selon cette logique : lorsque tout le monde veut acheter une action, son cours, sa valeur, c'est-à-dire son prix augmente. Quand tout le monde veut vendre, les cours chutent.
***** Smic : salaire minimum interprofessionnel de croissance. C’est le salaire minimum en dessous duquel une entreprise ne peut pas, en principe, payer une personne (sauf si celle-ci est employée à temps partiel).
Publicité