Orientation... ne faites pas votre deuil
En ces temps difficile d'orientation pour les terminales, un petit texte pour vous inviter à réfléchir un peu à la question :
P. Bourdieu, La distinction, 1979, p. 123
J'ai le sentiment que beaucoup d'élèves s'orientent en faisant leur deuil de leurs chance en croyant naïvement qu'il faut au plus vite rentrer dans une filière professionnalisante pour avoir quelque chose de sûr ("un "tu l'as" vaut mieux que deux "tu l'auras"" nous dit le bon sens)
Alors si ça peut vous convaincre du contraire, quelques documents intéressants :
(en cliquant sur le schéma, vous aurez le document d'origne)
Vouvez lire également ce texte :
"Le couple classes préparatoires - grandes écoles : une spécificité française
Dans un rapport au Commissariat général au Plan, Efficience de l'enseignement supérieur dans la production des élites : Le cas des classes préparatoires scientifiques aux grandes écoles (oct.2004), Noël Adangnikou et Jean-Jacques Paul, avant d'analyser l'efficacité des classes préparatoires (CPGE), rappellent les caractéristiques de ces classes. Traditionnellement, la prépa jouit de l'image d'une formation d'élite, la voie par excellence permettant d'intégrer les prestigieuses grandes écoles. La CPGE peut être considérée comme une véritable « matrice de socialisation » qui force en quelque sorte le développement de certains comportements chez les élèves. On pourra trouver dans le corps de ce rapport et dans ces annexes les effets en termes de carrière, comparativement à l'enseignement supérieur « classique ».
En 2003, s'est tenu le colloque « Démocratie, classes préparatoires et grandes écoles », organisé par des enseignants de CPGE et la Conférence des Grandes Écoles. La volonté affichée par les organisateurs, en introduction des actes du colloque, était de savoir comment la multiplication des classes, l'évolution et la diversification des filières, des débouchés, des étudiants ont modifié la réalité des classes préparatoires et leur image. Les données recueillies à l'occasion de ce colloque confirment que le système CPGE ne touche qu'un faible pourcentage des élèves, et, qu'à l'image du public des classes terminales S, il est socialement différenciée. Il y a concentration des enfants issus des milieux sociaux supérieurs et des enfants d'enseignants, sous-représentation des autres catégories et d'abord des milieux populaires et intermédiaires, concentration d'autant plus marquée à Paris. Une étude des trajectoires individuelles des étudiants montre une « distillation fractionnée », tout au long du parcours scolaire. Alain Cadix, Président de la Conférence des Grandes Écoles, en souligne les prémisses dès le primaire et insiste sur l'étape essentielle du collège.
Par ailleurs, une note d'information du Ministère de l'Éducation nationale, parue en septembre 2005, montre, chiffres et graphiques à l'appui, la corrélation entre filières de CPGE, réussite ou échec dans ces CPGE et milieu social. Une autre note d'information sur le devenir des étudiants du Supérieur montre que les difficultés d'ordre matériel ou financier sont presque deux fois plus fortes pour les étudiants en Université qu'en CPGE.
Ce qui renforce le caractère élitaire des classes préparatoires et des grandes écoles tient dans la sélection des élèves, pour passer du lycée à la CPGE et par le concours d'entrée dans une grande école ensuite. C'est ce que souligne le rapport fait par Manuel Valls, devant l'Assemblée nationale en novembre 2005, à propos du projet de loi visant à permettre la diversité sociale dans la composition des classes préparatoires aux grandes écoles et autres établissements sélectionnant leur entrée.
Cette hiérarchisation de l'éducation, qui sous-tend toutes les problématiques exposées ci-dessus a fait l'objet de quelques articles et ouvrages, à la rentrée 2005, sous les appellations diverses : Fabrique des meilleurs, Fabrique des élites ou Formation des élites.
Marie Duru-Bellat, dans son livre « L'inflation scolaire » (2006), revient sur la notion de méritocratie. Ses réflexions sur la course aux diplômes, véritable fuite en avant pour contrer le chômage, l'hérédité sociale, l'amènent au constat d'inefficacité de cette course. Considérant que les faits démontrent que les diplômes ne sauvent pas tous les diplômés du chômage, ne génèrent pas des revenus supérieurs mais des inégalités, elle suggère de briser la dichotomie grandes écoles/ universités et propose un socle commun en début d'enseignement supérieur, avec une ouverture vers la vie professionnelle, par le système de l'alternance, par exemple."
J'ai tiré ce texte ici
Le tableau suivant nuance un peu le propos...
| Taux de chômage en 2003 selon le diplôme le plus élevé obtenu Unité : % | ||
| Habitant en Zus | France métropolitaine | |
| Aucun diplôme ou CEP | 25,0 | 14,8 |
| BEPC seul | 21,6 | 10,9 |
| CAP BEP ou équivalent | 17,0 | 8,6 |
| Bac, Brevet professionnel ou équivalent | 17,7 | 8,7 |
| Baccalauréat + 2 ans | 10,8 | 6,0 |
| Diplômes supérieurs | 11,7 | 7,6 |
| Ensemble | 19,6 | 9,8 |
| Source : Insee - Enquête Emploi 2003, actifs de tous âges | ||
mais globalement, on voit que les diplomes supérieurs et les grandes écoles sont constituent encore une protection contre le chômage :
| Situation des jeunes trois ans après la fin de leurs études
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N'apparaissent pas ici les différences de revenus et de statuts. Globalement, les économistes estiment qu'une année d'étude supplémentaire offre un gain salarial de 5 à 7 %, et si les bacs +2 trouvent souvent des emplois dans des PME, les postes de cadres des grandes entreprises restent réservés à ceux qui ont, en général, au moins bac +5 ou qui sortent des grandes écoles.
Alors, convaincus ?
