Orientation... ne faites pas votre deuil

Publié le par Christophe Gobbé

En ces temps difficile d'orientation pour les terminales, un petit texte pour vous inviter à réfléchir un peu à la question :

"Le vieillissement social n'est pas autre chose que ce lent travail de deuil ou, si l'on préfère, de désinvestissement (socialement assisté et encouragé) qui porte les agents à ajuster leurs aspirations à leurs chances objectives, les conduisant ainsi à épouser leur condition, à devenir ce qu'ils sont, à se contenter de ce qu'ils ont, fût-ce en travaillant à se tromper eux-mêmes sur ce qu'ils sont et sur ce qu'ils ont, avec la complicité collective, à faire leur deuil de tous les possibles latéraux, peu à peu abandonnés sur le chemin, et de toutes les espérances reconnues comme irréalisables à force d'être restées irréalisées."
P. Bourdieu, La distinction, 1979, p. 123

 

J'ai le sentiment que beaucoup d'élèves s'orientent en faisant leur deuil de leurs chance en croyant naïvement qu'il faut au plus vite rentrer dans une filière professionnalisante pour avoir quelque chose de sûr ("un "tu l'as" vaut mieux que deux "tu l'auras"" nous dit le bon sens)

Alors si ça peut vous convaincre du contraire,  quelques documents intéressants :

(JPG)

(en cliquant sur le schéma, vous aurez le document d'origne)

Vouvez lire également ce texte :

"Le couple classes préparatoires - grandes écoles : une spécificité française

Dans un rapport au Commissariat général au Plan, Efficience de l'enseignement supérieur dans la production des élites : Le cas des classes préparatoires scientifiques aux grandes écoles (oct.2004), Noël Adangnikou et Jean-Jacques Paul, avant d'analyser l'efficacité des classes préparatoires (CPGE), rappellent les caractéristiques de ces classes. Traditionnellement, la prépa jouit de l'image d'une formation d'élite, la voie par excellence permettant d'intégrer les prestigieuses grandes écoles. La CPGE peut être considérée comme une véritable « matrice de socialisation » qui force en quelque sorte le développement de certains comportements chez les élèves. On pourra trouver dans le corps de ce rapport et dans ces annexes les effets en termes de carrière, comparativement à l'enseignement supérieur « classique ».

En 2003, s'est tenu le colloque « Démocratie, classes préparatoires et grandes écoles », organisé par des enseignants de CPGE et la Conférence des Grandes Écoles. La volonté affichée par les organisateurs, en introduction des actes du colloque, était de savoir comment la multiplication des classes, l'évolution et la diversification des filières, des débouchés, des étudiants ont modifié la réalité des classes préparatoires et leur image. Les données recueillies à l'occasion de ce colloque confirment que le système CPGE ne touche qu'un faible pourcentage des élèves, et, qu'à l'image du public des classes terminales S, il est socialement différenciée. Il y a concentration des enfants issus des milieux sociaux supérieurs et des enfants d'enseignants, sous-représentation des autres catégories et d'abord des milieux populaires et intermédiaires, concentration d'autant plus marquée à Paris. Une étude des trajectoires individuelles des étudiants montre une « distillation fractionnée », tout au long du parcours scolaire. Alain Cadix, Président de la Conférence des Grandes Écoles, en souligne les prémisses dès le primaire et insiste sur l'étape essentielle du collège.

Par ailleurs, une note d'information du Ministère de l'Éducation nationale, parue en septembre 2005, montre, chiffres et graphiques à l'appui, la corrélation entre filières de CPGE, réussite ou échec dans ces CPGE et milieu social. Une autre note d'information sur le devenir des étudiants du Supérieur montre que les difficultés d'ordre matériel ou financier sont presque deux fois plus fortes pour les étudiants en Université qu'en CPGE.

Ce qui renforce le caractère élitaire des classes préparatoires et des grandes écoles tient dans la sélection des élèves, pour passer du lycée à la CPGE et par le concours d'entrée dans une grande école ensuite. C'est ce que souligne le rapport fait par Manuel Valls, devant l'Assemblée nationale en novembre 2005, à propos du projet de loi visant à permettre la diversité sociale dans la composition des classes préparatoires aux grandes écoles et autres établissements sélectionnant leur entrée.

La formation des élites dans l'enseignement supérieur

Cette hiérarchisation de l'éducation, qui sous-tend toutes les problématiques exposées ci-dessus a fait l'objet de quelques articles et ouvrages, à la rentrée 2005, sous les appellations diverses : Fabrique des meilleurs, Fabrique des élites ou Formation des élites.

Marie Duru-Bellat, dans son livre « L'inflation scolaire » (2006), revient sur la notion de méritocratie. Ses réflexions sur la course aux diplômes, véritable fuite en avant pour contrer le chômage, l'hérédité sociale, l'amènent au constat d'inefficacité de cette course. Considérant que les faits démontrent que les diplômes ne sauvent pas tous les diplômés du chômage, ne génèrent pas des revenus supérieurs mais des inégalités, elle suggère de briser la dichotomie grandes écoles/ universités et propose un socle commun en début d'enseignement supérieur, avec une ouverture vers la vie professionnelle, par le système de l'alternance, par exemple."

J'ai tiré ce texte ici

Le tableau suivant nuance un peu le propos...

Taux de chômage en 2003 selon le diplôme le plus élevé obtenu
Unité : %
  Habitant en Zus
France métropolitaine
Aucun diplôme ou CEP 25,0 14,8
BEPC seul 21,6 10,9
CAP BEP ou équivalent 17,0 8,6
Bac, Brevet professionnel ou équivalent 17,7 8,7
Baccalauréat + 2 ans 10,8 6,0
Diplômes supérieurs 11,7 7,6
Ensemble 19,6 9,8
Source : Insee - Enquête Emploi 2003, actifs de tous âges

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mais globalement, on voit que les diplomes supérieurs et les grandes écoles sont constituent encore une protection contre le chômage :

Situation des jeunes trois ans après la fin de leurs études

En %

Actifs

Inactivité ou
service national

Études ou
formation

Total

Taux de chômage

Emploi

Chômage

Ensemble
Hommes
Femmes

Non qualifié

59

26

10

5

100

30
25
39

CAP ou BEP

79

12

5

4

100

13
9
20

Bac professionnel ou technologique

86

6

3

5

100

7
5
9

Bac + 2

92

4

2

2

100

5
4
5

2e cycle

87

7

2

4

100

7
7
7

3e cycle et grandes écoles

93

4

2

1

100

4
4
5
Ensemble
82
10
4
4
100
11
9
13

 

N'apparaissent pas ici les différences de revenus et de statuts. Globalement, les économistes estiment qu'une année d'étude supplémentaire offre un gain salarial de 5 à 7 %, et si les bacs +2 trouvent souvent des emplois dans des PME, les postes de cadres des grandes entreprises restent réservés à ceux qui ont, en général, au moins bac +5 ou qui sortent des grandes écoles.

Alors, convaincus ?

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Publié dans chgobbe

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C
Alors si j\\\'ai bien compris...Y\\\'a 30 ans, on se disait, "si je veux moins en baver que mes parents, faut que je fasse des études !"Maintenant on se dit "si je veux pas en baver comme mes parents, faut peut-être pas que je fasse trop d\\\'études"...Ton message est très intéressant et devrait être lu par beaucoup de personnes, notamment des chefs d\\\'entreprise. C\\\'est ce que Hirschman appelle la désaffection ("exit" en anglais). Si de moins en moins de jeunes ne croient en l\\\'entreprise (et notamment les plus brillants), ils n\\\'ont donc peut-être pas eu besoin des profs de SES et le traitement dont jouissent leur parents dans ces fameurses entreprises suffit à les convaincre....Triste monde... bonne nuit
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L
Oups, excuser la taille des caractères, il a fallu que je travaille ma réponse et le passage par word à laissé des traces..
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L
Réponse d’un « frêle esprit propice à toutes les manipulations »..<br />  <br /> <br /> La vision du monde de l'entreprise est quelque peu noircie à nous couche populaire, vulgaire progéniture d'ouvriers.. Non pas par les professeurs gaucho-marxistes mais par nos parents eux-mêmes (le stress, les heures sup', la pression, personne à l'expé, le contrôleur est malade, on a du retard...etc etc etc). Notre ministre actuel de l'éducation peut donc toujours insinuer que l'éducation familiale ne sert à rien, voir même la réformer si cela lui chante..<br />  <br /> <br />  De plus la professionnalisation peut conduire à un statut élevé, et à un poste stressant où la compétition est rude. Beaucoup d’élèves s’orientent vers une voix professionalisante, parce que pour être infirmier il n’y a qu’un seul chemin : une école d’infirmière. Vous conviendrez avec moi que c’est de loin un métier à responsabilités, de même pour être sapeur pompier, ou être diététicien… Après que certains cherchent dans les dut, bts, des « planques » pour éviter les responsabilités, ça parait mission impossible à partir du moment où l’on prend suffisamment son métier à cœur pour s’investir, et être responsable.   <br />  <br /> <br /> Je suis d’accord si l’école est une promotion sociale, le choix de son orientation résulte cependant d’un choix personnel…<br />  <br />
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C
Et vlan ! que ce soit dit !... Prends ça dans les dents ! Compte tenu de la conjoncture actuelle et des nombreuses critiques auxquelles ma modeste profession doit faire face (on serait responsables à nous seuls de la désaffection des jeunes pour l'entreprise), je répondrai : - qu'as-tu donc contre les chefs d'entreprise ? - sais-tu qu'on peut aussi s'épanouir dans le management ? - n'as-tu jamais pris plaisir à observer les variations des cours du CAC40 ? Tu sais, ça fait de jolis dessins ! - entre nous, ton prof de SES, n'est-il pas un peu gaucho-marxiste et n'est-ce pas lui qui t'aurait mis de telles idées dans la tête, toi, un frêle esprit propice à toutes les manipulations ? Plus sérieusement, tu n'as pas tort et en réalité, j'ai le sentiment aussi que de nombreuses personnes renoncent à des statuts élevés craignant (à tort peut-être, ce n'est pas à moi de le dire) effectivement la pression, la compétition, etc. Néanmoins, pour avoir rencontré pas mal de responsables dirigeants dans de s petites ou grandes entreprises, ils sont loin d'être tous des voraces inhumains... En réalité, le problème est également ailleurs : l'école a aussi une fonction de promotion sociale et de permettre à tous de vivre dans des conditions les meilleures qui soient, quel que soit le statut de leurs parents. Ce deuil social, c'est très souvent le fait d'étudiant(e)s d'origine populaire. Donc mon rôle est aussi de vous dire de ne pas vous mettre un plafond de verre au dessus de la tête. Après, tu as raison, on peut aussi faire des choix de vie, mais il faut les faire en connaissance de cause. Non ?...
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L
 <br /> Mouai.. On peut s'orienter vers une voie professionnalisante sans pour autant faire son deuil, parce qu' à vrai dire faire le métier de son choix ce n'est pas forcément faire un deuil.. Se retrouver avec bac +5, être un chef d'entreprise (stressé), qui gagne bien sa vie certes mais qui n'en a pas forcément trouver le sens, ça c'est faire un deuil.<br />  
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