"Société générale, on est là pour vous aider"
Tel est le slogan publicitaire en tête du site de la banque... Plus bas on trouve une lettre aux actionnaires où le PDG, Michel Bouton, annonce une recapitalisation de l'entreprise. Qu'est-ce que c'est ? L'entreprise va émettre de nouvelles actions pour faire entrer de l'argent dans les caisses et compenser les pertes.
Une telle situation est très intéressante et laisse cours à pas mal d'analyses. Pour ceux que ça intéresse, un article intéressant sur le site Econoclaste explique ce qu'il s'est passé.
Pour ma part, ma modeste contribution à une telle situation ne peut être que quelques petites réflexions amusées (je ne suis ni client, ni salarié, ni actionnaire à la Société générale...)
Bon d'abord, habituellement, quand les banques sont dans le pétrin, les analystes, même les plus libéraux qui soient, affirment que l'Etat doit faire quelque chose : remettre des fonds dans la banque (ce qui revient à dire que l'argent des contribuables doit permettre de rattraper les erreurs du marché... pas très libéral tout ça...). Les petits actionnaires auront-ils envie le remettre leur argent dans la banque ou seront-ce les impôts de vos parents qui renfloueront les caisses ? à surveiller...
Par ailleurs, beaucoup de livres sont parus sur les spécificités culturelles du capitalisme (à la française, à la japonaise, à l'américaine...), bref un capitalisme à toutes les sauces. Là, la lettre aux actionnaires de M. Bouton s'apparente réellement à un management à la nipponne : nous avons fait une erreur collective, notre honneur est bafoué et en même temps celui de notre entreprise, nous avons honte, nous méritons la mise à pied, le pire des châtiments. A quand un suicide collectif à la société générale ? Une telle situation peut donner raison à Lolita dans l'un de ses derniers commentaires : "Se retrouver avec bac +5, être un chef d'entreprise (stressé), qui gagne bien sa vie certes mais qui n'en a pas forcément trouver le sens, ça c'est faire un deuil."
Enfin l'un des grands classiques de l'économie est un article de 1932 "The modern corporation and the private property" de Bearle et Means, article à l'origine de la "théorie de l'agence". La question est la suivante : dans le capitalisme moderne, il y a un décrochage entre la propriété du capital et la direction de l'entreprise. Comment les actionnaires peuvent-ils être certains que le PDG serve bien leurs intérêts ? Comment ne pas tenter celui-ci à servir ses intérêts propres plutôt que ceux des propriétaires d'actions qui l'ont embauché et lui ont donné une mission ?
Cette question a été élargie depuis et se pose finalement pour l'ensemble des salariés. Comment les contrôler ? Comment éviter les comportements de tire au flanc ? Comment faire en sorte qu'ils servent les intérêts de leur entreprise ?
L'une des réponses apportées par les économistes se trouve dans ce qu'on appelle le "salaire d'efficience" : en payant généreusement un PDG ou un salarié, au dessus du salaire du marché, si celui-ci est rationnel, il fera tout pour garder son poste ! On ne tient pas à un poste mal payé mais on ferait tout pour ne pas perdre une situation où on est grâcement rémunéré. Dans cette situation, le PDG ou le salarié va donc tout faire pour veiller aux intérêts de ceux qui le dirigent et lui permettent d'acheter son Iphone, son écran plat, son 4x4 et sa piscine privée !!!.
Qu'en est-il à la société générale ?
M. Bouton n'est pas des plus à plaindre (3,3 millions d'euros en 2006) même s'il fait petit joueur à côté de J. Schwarz ou B. Arnault. Le trader J. Kerviel, quant à lui, a gagné 50 000 euros en 2007, mais devait recevoir un bonus de 300 000 euros au titre de 2007 (pas ridicule, quand même....).
Toute la question est donc de savoir si la théorie de l'agence fonctionne ?
A priori non... et pourquoi ? Parce que l'idée que les agents économiques raisonnent rationnellement est totalement irréaliste. Ils sont pris dans la logique de leur jeu et se déconnectent progressivement de la réalité économique. C'est un peu comme si un banquier avait progressivement l'impression de jouer le rôle de la banque au Monopoly en oubliant que c'est "avec des vrais sous" qu'il travaille. Quand vous êtes toute la journée devant un ordinateur, à parier sur des hausses et de baisses, de façon jubilatoire, comment en peut-il être autrement ? On devient très vite un "no life" de la finance, entrant dans une autre réalité, comment certaines personnes dans les jeux en ligne.
Pour s'en convaincre, à écouter le dernier débat économique de France Inter (Vendredi 25 janvier) entre J.M. Sylvestre et B. Maris, B. Maris dont je suis en train de lire la réédition d'un petit livre sur Keynes (Keynes ou l'économiste citoyen), ouvrage dont je ne peux m'empêcher de vous livrer un petit extrait, ô combien d'actualité :
et B. Maris de citer Keynes :
Une telle situation est très intéressante et laisse cours à pas mal d'analyses. Pour ceux que ça intéresse, un article intéressant sur le site Econoclaste explique ce qu'il s'est passé.
Pour ma part, ma modeste contribution à une telle situation ne peut être que quelques petites réflexions amusées (je ne suis ni client, ni salarié, ni actionnaire à la Société générale...)
Bon d'abord, habituellement, quand les banques sont dans le pétrin, les analystes, même les plus libéraux qui soient, affirment que l'Etat doit faire quelque chose : remettre des fonds dans la banque (ce qui revient à dire que l'argent des contribuables doit permettre de rattraper les erreurs du marché... pas très libéral tout ça...). Les petits actionnaires auront-ils envie le remettre leur argent dans la banque ou seront-ce les impôts de vos parents qui renfloueront les caisses ? à surveiller...
Par ailleurs, beaucoup de livres sont parus sur les spécificités culturelles du capitalisme (à la française, à la japonaise, à l'américaine...), bref un capitalisme à toutes les sauces. Là, la lettre aux actionnaires de M. Bouton s'apparente réellement à un management à la nipponne : nous avons fait une erreur collective, notre honneur est bafoué et en même temps celui de notre entreprise, nous avons honte, nous méritons la mise à pied, le pire des châtiments. A quand un suicide collectif à la société générale ? Une telle situation peut donner raison à Lolita dans l'un de ses derniers commentaires : "Se retrouver avec bac +5, être un chef d'entreprise (stressé), qui gagne bien sa vie certes mais qui n'en a pas forcément trouver le sens, ça c'est faire un deuil."
Enfin l'un des grands classiques de l'économie est un article de 1932 "The modern corporation and the private property" de Bearle et Means, article à l'origine de la "théorie de l'agence". La question est la suivante : dans le capitalisme moderne, il y a un décrochage entre la propriété du capital et la direction de l'entreprise. Comment les actionnaires peuvent-ils être certains que le PDG serve bien leurs intérêts ? Comment ne pas tenter celui-ci à servir ses intérêts propres plutôt que ceux des propriétaires d'actions qui l'ont embauché et lui ont donné une mission ?
Cette question a été élargie depuis et se pose finalement pour l'ensemble des salariés. Comment les contrôler ? Comment éviter les comportements de tire au flanc ? Comment faire en sorte qu'ils servent les intérêts de leur entreprise ?
L'une des réponses apportées par les économistes se trouve dans ce qu'on appelle le "salaire d'efficience" : en payant généreusement un PDG ou un salarié, au dessus du salaire du marché, si celui-ci est rationnel, il fera tout pour garder son poste ! On ne tient pas à un poste mal payé mais on ferait tout pour ne pas perdre une situation où on est grâcement rémunéré. Dans cette situation, le PDG ou le salarié va donc tout faire pour veiller aux intérêts de ceux qui le dirigent et lui permettent d'acheter son Iphone, son écran plat, son 4x4 et sa piscine privée !!!.
Qu'en est-il à la société générale ?
M. Bouton n'est pas des plus à plaindre (3,3 millions d'euros en 2006) même s'il fait petit joueur à côté de J. Schwarz ou B. Arnault. Le trader J. Kerviel, quant à lui, a gagné 50 000 euros en 2007, mais devait recevoir un bonus de 300 000 euros au titre de 2007 (pas ridicule, quand même....).
Toute la question est donc de savoir si la théorie de l'agence fonctionne ?
A priori non... et pourquoi ? Parce que l'idée que les agents économiques raisonnent rationnellement est totalement irréaliste. Ils sont pris dans la logique de leur jeu et se déconnectent progressivement de la réalité économique. C'est un peu comme si un banquier avait progressivement l'impression de jouer le rôle de la banque au Monopoly en oubliant que c'est "avec des vrais sous" qu'il travaille. Quand vous êtes toute la journée devant un ordinateur, à parier sur des hausses et de baisses, de façon jubilatoire, comment en peut-il être autrement ? On devient très vite un "no life" de la finance, entrant dans une autre réalité, comment certaines personnes dans les jeux en ligne.
Pour s'en convaincre, à écouter le dernier débat économique de France Inter (Vendredi 25 janvier) entre J.M. Sylvestre et B. Maris, B. Maris dont je suis en train de lire la réédition d'un petit livre sur Keynes (Keynes ou l'économiste citoyen), ouvrage dont je ne peux m'empêcher de vous livrer un petit extrait, ô combien d'actualité :
"Faut-il opposer l'entrepreneur et le spéculateur? Là encore, une mauvaise tradition opposait le bon entrepreneur, créateur d'affaires et de marchandises, et le mauvais, spéculant et jouant en Bourse ou sur les marchés financiers. Il n'en est rien. Ce sont les mêmes individus, animés des mêmes motifs freudiens ("l'abondante libido"). keynes nous met en garde contre le risque de trop développer les marchés spéculatifs : "Quand l'organisation des marchés augmente, le risque de voir les entrepreneurs transformés en spéculateurs augmente." Entrepreneurs et spéculateurs sont donc, au fond, de la même race. Les deux sont joueurs et parieurs. Ils jouent avec le futur, activité qui terrorise la majorité de la population, qui se situe plutôt du côyé des rentiers, des prudents, de ceux qui n'ont pas d'esprits animaux ou d'abondante libido."...
et B. Maris de citer Keynes :
"Des tendances humaines dangereuses peuvent être canalisées vers des voies comparativement peu dangereuses par des opportunités de faire de l'argent et d'accumuler une richesse privée, qui, si elles ne pouvaient pas être satisfaites de cette manière, trouveraient leur débouché dans la cruauté, la poursuite imprudente du pouvoir personnel et de l'autorité, et d'autres formes d'agrandissement de sa personnalité. Il vaut mieux qu'un homme exerce sa tyrannie sur son compte en banque que sur ses concitoyens ; et bien que la première soit parfois dénoncée comme la condition de la seconde, parfois, néanmoins, elle est une alternative". (Keynes, Théorie Générale)
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